________C'était déjà la fin de la journée et je rentrais chez moi comme tous les jours, après l'école. Accoudée sur le rebord de la vitre du bus, je regardais les rues défiler, les passants qui marchaient et les immeubles qui se succédaient. J'aime bien regarder les gens, me dire que j'ignore tout d'eux et qu'il en est de même pour eux, ils ne savent rien de moi. Certains ne me voient même pas, c'est comme si je leur subtilisais un quelque chose de leur personne. J'aurais envie de rester là encore longtemps, juste à observer la vie au dehors, en me laissant porter par le bus mais je dois vite rentrer, parce que ma mère est malade... Je pense un peu à toi aussi... Et ton souvenir m'est toujours aussi doux... Depuis cet été-là où tu as enfin été mien alors que je t'aimais depuis si longtemps... Depuis on a gardé quelques contacts mais je ne sais pas pourquoi, bien que l'on habite dans la même ville on ne se voit jamais... Peut-être pour préserver le rêve... Ces vacances d'été qui se sont finies trop tôt... Depuis ce soir-là sur la plage, et tous les autres jours qui s'en sont suivis où on était si biens, je n'ai cessé de penser à toi... Cette nuit où la chanson qui devint notre venait jusqu'à nous sans qu'on ait trouvé d'où elle provenait... Bien sûr je pourais sortir avec d'autres mais je n'ai besoin que de ton souvenir et de l'attente de te retrouver l'année prochaine, que m'importent les autres... De toute façon je me console en me disant que quelque part ici, tu penses aussi à moi... Et j'écoute encore en boucle la douce mélodie et je me rappelle si bien de la chaleur de tes bras... Chaque jour je me lève, ton image dans la tête... Je ne t'imagine pas avec une autre mais je sais que pourtant c'est peut-être le cas, parce que je t'avais dit que de toute façon c'était ton bonheur que je voulais, même si c'était avec une autre... Tu as ta vie et moi la mienne et elles ne deviennent qu'une, notre vie, dans ce petit coin de plage, notre petit coin de vacances, de paradis... Parfois j'imagine que je te rencontre au hasard d'un coin de rue... Mais ça n'arrive jamais... Parfois je m'imagine vivre à tes côtés chaque jour ou que tu seras venu me chercher à la sortie de mon bahut, juste parce que tu avais envie de me voir... Mais ça n'arrive jamais et mes yeux se perdent dans la foule sans jamais tomber sur toi... Mais je suis déjà à mon arrêt, à force de rêver j'ai failli le rater et je descends à toute vitesse... Les yeux baissés sur mes pensées, je ne te vois pas... C'est juste au dernier moment que je t'aperçois, pas le temps d'un sourire, mon coeur me trahit pourtant et sous l'effet de la surprise, je ne t'ai même pas dit bonjour... Et tes yeux grands ouverts me fixaient bien pourtant... Ces mêmes yeux que tu avais ce soir-là... Et je suis restée là encore longtemps comme une idiote, à fixer le bus qui s'en allait, t'emportant toi, mon rêve, avec lui... Luttant en vain pour conserver seulement l'image de tes yeux... Sans que je n'aie même pu te serrer contre moi...
________Je rentrais de chez ma grand-mère, parce que mon père m'avait encore soulé pour que j'aille la voir... « Elle est vieille »... Qu'il me dit toujours... Mais au contraire, ça ne rend pas palpitant le fait d'aller la voir... A chaque fois elle me bourre de ses gâteaux infects et elle sent les médicaments à des kilomètres. De plus, je devais aller voir ma copine et elle va encore penser que je la trompe... C'est vrai que ça m'arrive mais bon... Pas cette fois-là... Et puis bon je suis libre après tout, je lui appartiens pas. Ca faisait bien déjà dix minutes que j'attendais ce foutu bus, il commençait même à pleuvoir un peu. Je sais pas pourquoi mais depuis qu'ils ont installé ces nouveaux couloirs de bus il y en a deux fois moins qui circulent!! Et en plus j'ai oublié mon lecteur mp3, je peux même pas écouter ma musique... Toujours est-il que j'en étais là dans mes réflexions quand il s'est enfin ramené, ce bus. Alors que j'étais encore assis sur le banc de l'arrêt, je l'ai vue elle... Appuyée sur le bord de la vitre à l'intérieur. Je pense qu'elle m'a vu étant donné que j'étais à quelques centimètres d'elle, à une vitre près et qu'elle regardait dehors. Cette fille, je suis sortie avec elle l'été dernier, là où je vais chaque année depuis ma naissance... C'est la troisième ou la quatrième fille avec qui je suis sortie des vacances. Je me rappelle que le soir où nous sommes sortis ensemble, aucun garçon ne l'avait encore prise avant moi et je lui ai dit que moi aussi j'étais puceau, alors que ça n'était pas du tout vrai, je ne sais pas pourquoi. Elle m'avait aussi dit que ça faisait longtemps qu'elle m'aimait, parce qu'avant de sortir ensemble, nous étions amis de vacances et on se retrouvait chaque année et je lui ai dit que moi aussi alors que c'était aussi complètement faux. Comme mes amis étaient tous partis à cette période des vacances, je suis resté avec elle jusqu'à la fin du mois d'août. Depuis, je garde encore un peu contact avec elle, histoire de pouvoir disposer d'elle si un jour je m'ennuie en vacances, mais de toute façon, je crois que je ne retournerai plus au même endroit que chaque année parce que j'en ai marre de partir avec mes parents, j'irai certainement en camping avec des amis. Cette fille, elle est descendue à l'arrêt certainement pour venir me parler, mais moi, j'avais surtout envie de rentrer chez moi au plus vite et je suis monté dans le bus. On s'est à peine croisés aux portes. Je voyais bien qu'au début, elle faisait semblant de regarder ailleurs pour m'éviter, mais elle a fini par me regarder, l'espace d'un instant... Alors j'ai fait ce faux regard, que je fais toujours aux filles folles de moi et qui leur font croire que je partage leur tendresse... Et je l'ai oubliée quelques minutes après...